Pour de nombreuses personnes, le yoga se résume aux postures, la respiration et la méditation. Si ces 3 techniques font partie intégrante de la pratique, elles n’en forment qu’une petite partie. Le yoga est, en effet, plus vaste et englobe 8 étapes qui tendent à améliorer la relation à soi et aux autres. Parmi celles-ci, les deux premières sont essentielles. Intitulées yamas et niyamas, elles proposent des préceptes éthiques qui définissent un code de conduite à observer pour rendre nos relations, et notre vie, plus harmonieuses.

Si le yoga est présent en Occident depuis les années 1970, il connaît actuellement un succès sans précédent. Associé à un mode de vie éco-responsable et tourné vers la conscience de soi, il séduit par sa proposition d’unifier le corps et l’esprit.

 

Pratiquée en solitaire ou en groupe, dans un parc ou en salle, avec ou sans legging, cette discipline originaire d’Inde fait de plus en plus d’adeptes auprès des femmes – elles sont majoritaires – mais aussi des hommes qui s’y mettent peu à peu.

Sans aucun doute, une heure passée sur un tapis en caoutchouc de façon régulière procure de nombreux bienfaits. Mais le yoga dépasse largement les postures spécifiques (asanas) et les techniques respiratoires (pranayama) pour s’inscrire dans une démarche plus globale. Le travail sur le corps est important mais ce n’est qu’une branche de la pratique yogique dont le but consiste principalement à transposer ces bienfaits dans le quotidien afin d’améliorer la qualité d’être à soi et à autrui.

Le yoga est un chemin vers la paix intérieure, et explorer les fondations philosophiques de la pratique est une étape importante du parcours. Yamas et niyamas sont comme des principes éthiques qui nous guident vers des comportements respectueux de soi et du monde qui nous entoure. Mis en oeuvre à travers la pratique du yoga, ou pris séparément, ce sont des clés pour mener une vie saine et spirituelle et devenir une meilleure version de soi-même.

L’origine des yoga sûtra

Quelque part entre 300 et 500 apr. J-C., le scientifique indien Maharishi Patanjali compile et codifie un ensemble de principes et techniques psycho-physiques sous le nom de yoga sûtra. Ces 196 aphorismes dressent un plan complet du yoga obligeant le lecteur à une réflexion profonde pour développer une compréhension personnelle de la pratique.

À première vue, le livre de Patanjali peut sembler ésotérique et hermétique. Mais l’ouvrage mérite néanmoins une attention particulière car il contient des conseils essentiels pour améliorer la vie quotidienne.

Les yoga sûtra sont essentiellement un recueil de textes philosophiques qui ressemblent moins à un guide de postures qu’à un manuel d’instructions sur la façon de progresser sur le chemin spirituel menant à l’illumination. Et lorsque Patanjali parle d’asana, il ne fait aucunement référence à la posture de la sauterelle, du chapeau ou du guerrier. Il parle de la position idéale pour méditer.

Ces sûtra sont à l’origine de l’ashtanga yoga (« ashta » signifie « huit » et « anga » signifie « membre » ) qui désigne huit membres, ou branches, qui nous aident à transcender les limites de notre ego et à atteindre la réalisation du soi. Chaque partie décrit un aspect différent de la pratique du yoga et représente une étape spécifique sur l’échelle de la réalisation.

Les 4 premières étapes de l’ashtanga yoga de Patanjali se concentrent sur l’affinement de notre personnalité, la maîtrise du corps et le développement d’une conscience de nous-mêmes. Ce qui nous prépare à la seconde partie du voyage, où les 4 dernières parties concernent les sens et l’esprit pour atteindre un état de conscience supérieure.

Les 8 membres de l’ashtanga yoga

 

1. Yamas

Les yamas sont des préceptes éthiques qui définissent un code de conduite à observer lors de nos interactions sociales. Ils mettent l’accent sur le sens de l’intégrité et se rapprochent de la règle « Faites aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent ».

2. Nyamas

Alors que les yamas sont tournés vers l’extérieur et notre rapport à autrui, les niyamas sont des pratiques intérieures visant à améliorer notre personnalité. Elles renvoient à la discipline personnelle et spirituelle.

3. Asana

Les asanas, ou postures, constituent le troisième membre. À travers leur pratique, nous développons la discipline et la concentration, toutes deux nécessaires à la méditation.

Si le terme fait désormais référence à n’importe quelle posture de yoga, sa signification originale (« siège confortable ») est liée à la nécessité de trouver une posture idéale pour s’engager dans les pratiques de pranayama et de méditation.

4. Pranayama

Généralement traduite par « contrôle du souffle », cette quatrième étape consiste en des techniques conçues pour maîtriser le processus respiratoire tout en reconnaissant le lien entre le souffle, l’esprit et les émotions. Pour les yogis, cette « extension de la force de la vie », non seulement rajeunit le corps, mais aussi prolonge la vie elle-même. La technique du pranayama peut être pratiquée de façon isolée – s’asseoir simplement et effectuer un certain nombre d’exercices de respiration – ou intégrée dans une routine quotidienne de hatha yoga.

5. Pratyahara

La pratique du pratyahara (« retrait des sens ») nous donne l’occasion de prendre du recul et d’être totalement présent à ce que nous faisons. Rien n’interfère, aucune distraction ne nous éloigne d’ici et maintenant. C’est au cours de cette étape que nous faisons l’effort conscient de détourner notre conscience du monde extérieur et de ses stimuli. En cultivant un détachement de nos sens, nous dirigeons notre attention vers l’intérieur.

6. Dharana

Comme chaque étape nous prépare à la suivante, pratyahara crée un espace propice à dharana (« concentration »). Après nous être débarrassés des distractions extérieures, nous pouvons maintenant gérer les distractions de l’esprit lui-même. Dans la pratique de la concentration, qui précède la méditation, nous apprenons à ralentir le processus de pensée en nous concentrant sur un seul objet mental : un centre énergétique spécifique dans le corps, une image ou la répétition silencieuse d’un son.

7. Dhyana

La méditation, ou la contemplation, la septième étape de l’ashtanga, est le flux ininterrompu de la concentration. Bien que la concentration (dharana) et la méditation (dhyana) semblent identiques, une distinction subtile existe entre les deux. Lorsque la première pratique une attention particulière, la seconde renvoie à un état de conscience aiguë sans concentration. À ce stade, l’esprit est apaisé et calme. Il produit peu ou pas de pensées.

8. Samadhi

Après avoir atteint le dhyana, le pratiquant entre dans un état de contemplation dans lequel il se confond avec l’objet de sa méditation. Dans cette huitième et dernière étape de l’ashtanga, le méditant atteint la pure contemplation et réalise une connexion profonde avec le Divin.

Vers une vie plus enrichissante

Premier et deuxième membres de l’ashtanga yoga, yamas et niyamas sont considérés comme des fondements philosophiques souvent mis en parallèle avec les dix commandements chrétiens ou les dix vertus bouddhiques, sans toutefois se préoccuper du bien ou du mal dans un sens absolu. Ici, pas de paradis ni d’enfer. Il s’agit davantage d’éviter les comportements qui produisent des souffrances et des difficultés et d’adopter ceux qui conduisent à des états de bonheur.

Aligner notre vie sur les yamas et niyamas, c’est tendre vers nos aspirations les plus hautes. S’ils font partie intégrante de la pratique yogique – ils forment même sa base – ils s’adressent à tous d’une manière générale. Il n’est pas nécessaire de pratiquer le yoga pour les appliquer au quotidien.

Pour faire simple, on peut considérer les yamas comme des vertus à observer. Ces 5 comportements autorégulateurs impliquant nos interactions sociales comprennent ahimsa (la non-violence), satya (la vérité), asteya (le non-vol), brahmacharya (le non-excès) et aparigraha (la non-convoitise).

Les 5 niyamas, pratiques personnelles liées à l’autodiscipline et à notre monde intérieur, incluent saucha (la pureté), santosha (le contentement), tapas (la discipline), svadhyaya (l’étude de soi), ishvara pranidhana (la soumission à une puissance supérieure).

Yamas

Premier membre de l’ashtanga yoga, les cinq yamas constituent le fondement de la vie spirituelle. Ils sont comme un GPS personnel qui nous alerte lorsque nous allons dans la mauvaise direction et que nous devons faire demi-tour.

Ce sont des instructions qui nécessitent une pratique quotidienne pour aller vers plus d’harmonie. Les yamas parlent du fait que nous sommes des créatures sociales qui doivent apprendre à vivre ensemble et nous invitent à entrer dans une relation adulte avec le monde où le bien collectif dépasse les besoins individuels. Ils nous apprennent à moins dépendre de l’extérieur et nous dirigent vers l’expression unique de notre propre vie.

Ahimsa concerne aussi bien la non-violence mentale que spirituelle et émotionnelle. Agir avec ahimsa en tête signifie ne pas nuire physiquement à soi-même, aux autres ou à la nature, et ne pas penser négativement. Il s’agit d’être conscient de nos pensées et de s’abstenir de toute velléité de nuisance. On peut voir ahimsa comme une forme d’innocuité parfaite où on abandonne les regards et les jugements cruels, où ne pas soulager la douleur d’autrui est négatif en soi. Évidemment, approuver des actions répréhensibles va à l’encontre de ahimsa.

 

Ce que nous pensons de nous-mêmes ou des autres, peut être aussi puissant que toutes les tentatives de nuisance physique. Pratiquer ahimsa, c’est être constamment vigilant, s’observer en interaction avec les autres et noter ses pensées et ses intentions. Cela signifie également que nous assumons la responsabilité de notre propre comportement néfaste et tentons de mettre fin au préjudice causé par les autres. Dans ce cas, se protéger et protéger les autres ne viole pas ahimsa.

La non-violence constitue le fondement des autres principes directeurs. Essentielle pour vivre ensemble de façon harmonieuse, elle est une position de relation juste avec les autres et soi-même.

Satya signifie beaucoup plus que « ne pas mentir ». Le mot « sat » se traduit littéralement par « vraie nature » tandis que le suffixe « ya » signifie « fais-le ». Dans ce cas, la pensée doit être en accord avec le mot, et le mot avec l’action. Penser à une chose, en dire une autre et en faire une autre n’est qu’une illusion.

 

Un moyen très simple d’observer la vérité dans notre pratique consiste à accorder une plus grande attention au souffle. Une respiration serrée ou superficielle signifie que le corps n’est pas en accord avec ce qu’on lui demande de faire. L’honnêteté nécessite d’écouter le souffle à tout moment. Une pratique quotidienne consistant à ralentir, à prendre quelques respirations profondes et à observer les choses telles qu’elles sont peut nous aider à nous rapprocher de l’état de paix et de quiétude qui règne dans l’esprit.

Satya exige que nous considérions à la fois les aspects parlés et non parlés de nos mots. Nous ne voulons pas induire en erreur par omission. Si l’honnêteté est le fondement de toute relation solide et elle permet d’établir des relations de confiance, vous n’avez pas non plus à dire tout ce qui vous préoccupe, surtout si c’est blessant. Il s’agit d’éviter les bavardages inutiles et stériles pour privilégier la parole juste et sensée.

La pratique de satya consiste à faire preuve de modération : ralentir, filtrer, examiner avec soin nos mots de sorte que, lorsque nous les choisissons, ils soient en harmonie avec ahimsa. Selon Patanjali, aucun mot ne peut refléter la vérité s’il ne découle pas de l’esprit de non-violence. En gros, la tenue de votre collègue fait peut-être saigner vos yeux mais ce n’est pas forcément satya de le lui dire.

Beaucoup de chercheurs spirituels trouvent que passer du temps en silence les aide à remarquer la distinction entre opinions et réalité. Ralentir nos discussions internes peut nous aider à nous familiariser avec satya. Par le silence, nous sommes en mesure d’examiner les racines de la parole à un niveau interne, ce qui permet de mieux contrôler la communication extérieure. Nous établissons ensuite une manière d’interagir avec le monde qui inclut à la fois ahimsa et satya, à la fois la paix et la vérité.

Asteya, le non-vol, nous invite à vivre avec intégrité et réciprocité. Si nous vivons dans la peur et le mensonge, notre insatisfaction envers nous-mêmes et notre vie nous amène à regarder l’extérieur avec envie, et à être tenté de voler ce qui ne nous appartient pas légitimement.

 

Asteya ne concerne pas uniquement les objets matériels. Cela indique également la multitude de façons dont nous volons avec notre temps, nos paroles et nos pensées. Nous volons le temps de quelqu’un lorsque nous sommes en retard. Nous volons l’énergie de quelqu’un lorsque nous le sollicitons sans cesse sans nous préoccuper de lui. Nous volons le bonheur de quelqu’un lorsque nous l’envions et ne lui reconnaissons pas le droit d’être heureux. Nous volons les idées de quelqu’un d’autre lorsque nous nous les approprions sans citer leur origine.

Si le non-vol signifie ne pas prendre ce qui ne nous appartient pas, il peut aussi vouloir dire ne pas prendre plus que ce dont nous avons besoin. Nous ne pratiquons pas asteya lorsque nous prenons plus de nourriture que nous ne pouvons en manger. D’une façon plus générale, ne pas voler implique une compréhension inhérente que, dès le moment de notre naissance, nous sommes redevables de la vie et de ce qu’elle nous donne.

Pour inviter asteya dans votre vie, réfléchissons à ce dont nous avons vraiment besoin et évitons de laisser nos désirs vous persuader d’en avoir toujours plus.

Brahmacharya a souvent été traduit par « célibat », ou « abstinence », d’où son manque de popularité évident. Bien que cela puisse certainement être une interprétation valide, son sens littéral est « marcher avec Dieu ». Quelles que soient vos croyances, ce principe implique une conscience du sacré dans toutes nos actions et une attention à chaque instant qui nous amène vers plus d’harmonie.

Traditionnellement, brahmacharya encourageait les pratiquants du yoga à conserver leur énergie sexuelle pour progresser plus avant sur la voie du yoga. Qu’on se rassure, ce qui est recherché ici, c’est la retenue et non la suppression du désir sexuel. lI s’agit d’empêcher la dissipation de notre énergie par le mauvais usage des sens.

Pour être la meilleure version de nous-mêmes et utiliser notre énergie de la meilleure manière, nous devons avant tout écouter ce dont notre corps a besoin. Dans la pensée yogique, il y a un moment où nous atteignons la limite parfaite de ce dans quoi nous sommes engagés.

Si nous prenons la nourriture, par exemple, nous gagnons de l’énergie et de la vitalité grâce à celle que nous mangeons – jusqu’à un certain point. Si nous continuons de manger au-delà de ce point, une forme de léthargie apparaît. Si nous mangeons lentement et avec attention, nous pouvons trouver ce point du « juste assez » au-delà duquel nous tombons dans l’excès. Ce processus est le même pour toutes les activités dans lesquelles nous sommes engagés.

Considérer brahmacharya comme une bonne utilisation de l’énergie nous amène à réfléchir à la manière dont nous utilisons celle-ci. Brahmacharya évoque également le fait de détourner notre énergie des désirs extérieurs – ces plaisirs agréables mais fugaces – et qui visent plutôt à trouver la paix et le bonheur en nous-mêmes.

À l’heure actuelle, on insiste beaucoup sur le fait d’être tout le temps occupé. Il faut combler les temps morts et toujours être en mouvement. Et si vous n’êtes pas occupé, il y a forcément quelque chose qui cloche. Alors que ce qui importe n’est pas d’être constamment occupé ou pas, mais de savoir si ce que nous faisons a du sens et vaut la peine.

Brahmacharya demande de réfléchir à la façon dont nous dépensons notre énergie. Si à certains moments de notre vie nous faisons face à une situation de dépendance ou d’excès, le jeûne, le célibat ou l’abstinence peuvent être des pratiques très utiles pour se recentrer et faire le bilan de ce que nous traversons.

Le mot « graha » signifie « saisir », tandis que « pari » se traduit par « de tous les côtés ». Le préfixe « a » nie le mot lui-même.

 

Ce cinquième et dernier yamas est important. Il nous enseigne de ne prendre que ce dont nous avons besoin, à ne garder que ce qui nous sert dans l’instant présent, et à lâcher prise quand le moment est venu.

La non-possession nous libère de la cupidité. Elle nous rappelle que nous attacher aux personnes et aux choses fait de la vie une expérience douloureuse. Moins nous sommes attachés, plus nous sommes libres d’apprécier, de nous engager et de vivre chaque instant au maximum.

Aparigraha est un enseignement fondamental selon lequel nous ne devrions jamais nous préoccuper du résultat d’une situation, mais seulement de ce que nous faisons au moment même où nous travaillons à ce résultat.

C’est aussi la décision de ne pas amasser ou d’accumuler des biens par cupidité, mais plutôt de développer une attitude de justesse envers le monde matériel. Avant d’acquérir un nouveau bien, il convient de questionner son utilité et la valeur qu’il apporte à notre vie.

Pour appliquer aparigraha, un exercice simple : reconnaître l’abondance (je possède suffisamment) et pratiquer la gratitude (je suis reconnaissant de ce qui m’est donné).

Niyamas

Alors que les yamas nous rapprochent de la vérité en améliorant nos relations avec les autres, les niyamas nous rappellent que, finalement, le chemin vers le samadhi est celui que nous prenons seul.

Les niyamas nous conduisent vers une relation plus positive avec nous-mêmes, ce qui est fondamental car nous ne pouvons pas nouer de relations authentiques et durables avec les autres tant que la relation avec nous-même n’est pas solide. Cette pratique nous aide aussi à maintenir un environnement positif dans lequel évoluer, et nous procure la discipline personnelle et la force intérieure nécessaires pour progresser sur le chemin de la réalisation de soi.

Saucha signifie la propreté du corps – le corps physique, mais aussi l’environnement qu’il occupe – et de l’esprit. On songe à la célèbre citation de Juvénal « Mens sana in corpore sano »…

L’interprétation la plus simple de saucha est que ce premier niyama nous encourage à être pur à l’intérieur et à l’extérieur. La propreté interne pourrait impliquer que nous ne devrions mettre que des aliments sains dans notre corps, et nettoyer le corps des toxines de temps en temps. La propreté extérieure signifie que nous devons garder notre environnement simple et propre. Pratiquer l’hygiène physique et mentale permet d’examiner l’intention qui sous-tend nos pensées, nos paroles et nos actes et questionne le sens et la valeur que nous leur donnons.

Dans notre désir de purifier le corps, nous devons devenir profondément intimes avec les parties de celui-ci que nous n’aimons pas – les choses dont nous nous détournons habituellement – la sueur, les fluides physiologiques, la bile, les matières fécales. Ce que nous découvrons dans notre voie de purification physique, c’est que sans ces soi-disant impuretés, notre corps ne pourrait ni se nettoyer ni fonctionner. Le moine bouddhiste Thich Nhat Hanh le dit très bien : « Pas de boue… pas de lotus. »

C’est ici, dans le lien sacré entre la boue et le lotus, entre le profane et le pur, que réside la leçon de saucha : le lotus immaculé ne peut pousser que grâce à la boue glacée au fond du lac. En effet, c’est l’eau sale à travers laquelle le lotus effectue son parcours qui le lave, ce qui lui permet de ressortir à la surface sans aucune tache.

Finalement, le but de saucha consiste à composer avec la pureté fondamentale du corps humain et de partir de là. Il ne s’agit pas tant d’essayer de le nettoyer ou de voir la beauté dans son imperfection, mais bien d’accepter le fait que le corps est fondamentalement sale et qu’il n’ya pas grand-chose à faire pour y remédier. Acceptation de ce qui est…

Santosha se traduit le plus souvent par « contentement ». Donc c’est simple. Il suffit de se débarrasser du désir pour être heureux. Je ne veux rien et le bonheur suivra sûrement. Oui, mais non. C’est une pratique difficile car il est dans notre nature de toujours vouloir plus, de ne pas se reposer tant que nous n’avons pas satisfait à une envie temporaire. Il y a toujours une pensée insidieuse du genre « je serais plus heureux si… ».

 

Il est facile pour l’esprit de penser que nous pouvons atteindre un bonheur durable grâce à la possession d’objets et de biens, mais notre expérience personnelle et les enseignements des sages prouvent que le bonheur obtenu grâce au matériel n’est que temporaire.

Santosha n’a pas besoin de ce que nous n’avons pas et ne convoite pas les biens d’autrui. Lorsque nous sommes parfaitement satisfaits de tout ce que la vie nous donne, nous atteignons la vraie joie et le vrai bonheur.

Pratiquer le contentement nous libère de la souffrance inutile de vouloir soit davantage soit que les choses soient différentes, et nous remplit de gratitude et de joie pour ce qui mis à notre disposition.

Santosha ne signifie pas rester les bras croisés et renoncer à la nécessité de faire quoi que ce soit. Cela veut simplement dire accepter et apprécier ce que nous avons et ce que nous sommes. Avoir envie de grandir et d’élargir nos esprits et de nous pousser vers un but n’est pas une mauvaise chose, c’est une mauvaise chose si nous fondons tout notre sentiment de paix et de bonheur sur ce but.

Nous devons déterminer quels objectifs sont vraiment importants pour notre vie et notre bien-être. Obtenir une promotion, perdre du poids, acheter une maison, rencontrer quelqu’un sont des choses que nous cherchons en dehors de nous-mêmes afin de nous rendre heureux. Mais une fois atteints, ces objectifs perdent leur pouvoir d’attraction et font place à de l’insatisfaction. C’est une spirale sans fin entre bonheur et tristesse. Comment en sortir ?

La réponse réside dans le non-attachement et l’appréciation du vrai soi. Il faut réaliser que la paix et le bonheur sont à l’intérieur de nous, pas en dehors. Lorsque nous faisons dépendre notre bonheur de choses extérieures, nous nous exposons inévitablement à la frustration.

La poursuite constante d’un sentiment, d’une possession physique ou d’une personne peut devenir épuisante au bout d’un moment. Oui, bien sûr, nous connaîtrons une joie ou un bonheur momentané une fois que nous aurons conquis ce que nous voulions, mais combien de temps cela dure-t-il vraiment ? Une fois parvenus à ce lieu de paix temporaire, nous devenons finalement très attachés à ce sentiment et nous nous battons pour le garder, ce qui finit par nous rendre triste. Jusqu’à ce que nous trouvions le prochain objectif à atteindre pour être plus heureux.

Pour se rapprocher de la paix, santosha est indéniablement l’une des pratiques les plus importantes vers laquelle nous devons constamment revenir : nous ne pouvons pas aimer, faire confiance, donner ou vivre pleinement tant que nous n’aurons pas assez de cet amour en nous.

Le message le plus important à retenir de cela ? N’attendons pas le bonheur. Nous avons tout ce dont nous avons besoin en nous. N’attendons pas d’être assez bon pour faire quelque chose car nous le sommes déjà.

Tapas, qui signifie littéralement « chaleur » ou « feu intérieur », mais peut se traduire par « autodiscipline », « effort spirituel » ou « courage », pose les bases du rituel de la pratique. Une discipline quotidienne est nécessaire pour progresser. Le chemin spirituel est une opération de l’esprit qui exige de l’exercice.

 

Ce niyama représente la volonté de faire quelque chose, ce qui implique de développer la discipline, l’enthousiasme et un désir ardent d’apprendre. Nous pouvons appliquer tapas à tout ce que nous voulons : jouer d’un instrument, changer votre régime alimentaire, cultiver une attitude de bonté, de contentement ou de non-jugement.

Tapas est un aspect de la sagesse intérieure qui nous encourage à pratiquer même lorsque nous n’en avons pas envie. Cette forme d’autodiscipline nous permet de prendre la décision d’aller nous coucher un peu plus tôt afin de pouvoir nous lever tôt pour la pratique. Ou ne pas boire trop ni manger des aliments toxiques parce que nous voulons nous sentir bien dans notre pratique. Il s’agit ici de déboulonner les schémas de pensées et les habitudes négatives auxquels nous avons souvent recours pur ne pas agir.

Les tapas mentaux sont plus puissants que les physiques. Celui qui supporte la chaleur et le froid pratique la version physique de tapas. Il augmente son pouvoir d’endurance, mais il peut ne pas être capable de supporter une insulte. Il sera facilement contrarié par un mot déplacé car il a seulement discipliné son corps physique. Garder un esprit équilibré dans toutes les conditions de la vie, supporter l’insulte, les blessures et les persécutions, être toujours serein, content et paisible, être joyeux dans des conditions défavorables, avoir le courage de faire face au danger, d’avoir la présence d’esprit et la patience, sont des formes de tapas mentaux.

Les efforts que nous déployons lorsque nous nous engageons dans tapas visent à cultiver des habitudes saines et à en finir avec les malsaines. Les postures, c’est tapas, mais si elles deviennent une drogue, il faut arrêter. L’un des objectifs de tapas est d’arrêter tout ce que nous faisons sans réfléchir parce que nous y sommes habitués. Lorsque nous utilisons notre volonté pour vaincre un conditionnement, nous nous libérons des nombreuses actions inconscientes qui causent des souffrances. Alors oui, la discipline est une étape importante sur le chemin qui mène au bonheur.

Svadhyaya est une quête de la connaissance de soi, de ce qui nous motive et de ce qui nous façonne.

 

L’étude de soi nous demande de regarder les histoires que nous nous racontons et de nous rendre compte que ces histoires créent la réalité de nos vies.

Ce principe nous invite à libérer la perception de soi fausse et limitante que notre ego nous a imposée et à connaître notre vérité profonde. Nos défauts et nos faiblesses nous donnent la possibilité de grandir et nos erreurs nous permettent d’apprendre. Examiner nos actions devient un miroir pour voir plus clairement nos motivations, pensées et désirs conscients et inconscients.

Plus nous réalisons ce que nous ne sommes pas, plus nous nous rapprochons de ce que nous sommes vraiment.

Appliquer svadhyaha n’implique pas nécessairement de se plonger corps et âme dans les Upanishad (textes philosophiques hindous) ou de réciter les védas (textes religieux indiens) à l’endroit et à l’envers toute la journée. Cela pourrait signifier lire un livre pour approfondir la pratique du yoga ou une approche spirituelle en lien avec la réalisation de soi. En approfondissant nos propres connaissances, notre compréhension et notre lien avec le yoga (ou une pratique spirituelle), en recherchant, en étant curieux, nous cultivons notre propre pratique de svadhyaya.

Mais lire ne suffit pas. Bien que la lecture sur le yoga (ou toute pratique spirituelle) et ses différents aspects soit bénéfique, elle ne fait pas une grande différence si nous n’y réfléchissons pas. En lisant un texte sur une pratique, nous pouvons méditer sur la manière dont elle résonne en nous, si elle ressemble à nos expériences personnelles, et donc l’appliquer à nos propres vies. Avoir beaucoup de livres et d’informations est une chose, mais comprendre et vivre pleinement ce que nous apprenons permet à notre pratique de devenir davantage une part intégrante de nos vies.

Souvent décrit comme le chemin le plus facile vers la paix et la réalisation, ne nécessitant ni efforts ni souffrances de notre part, ishvara pranidhana se traduit par « dévotion ».

Patanjali nous dit que pour atteindre l’objectif du yoga, nous devons dissoudre notre nature égocentrique et abandonner notre identification constante à nous-mêmes. Pour ce faire, notre pratique et tous les avantages que nous pouvons en tirer doivent être considérés comme une offrande à quelque chose de plus grand que nous-mêmes.

Ishvara pranidhana nous demande d’être assez forts pour nous engager dans chaque moment avec intégrité tout en étant assez doux pour suivre le courant de la vie.

Il y a deux manières d’appliquer ce sûtra dans la vie quotidienne. Il s’agit « simplement » de lâcher prise et de s’en remettre à une puissance supérieure.

Nous sommes tellement enclins à contrôler chacune de nos actions que le lâcher prise, si simple dans son principe, devient une véritable gageure. Pour les personnes qui ont besoin de contrôler, ishvara pranidhana est probablement le plus difficile des yamas et des niyamas. Il ne s’agit pas ici de donner les clés de la maison à un Dieu assis sur un piédestal. Non, la soumission dont nous parlons concerne une ouverture à ce qui est, un abandon à l’expérience de la vie.

Rester figé et rigide dans nos schémas, nos habitudes et nos limitations ne conduit qu’à une vie limitée. Abandonner le contrôle, alors que nous avons passé notre vie à essayer de l’exercer, peut être extrêmement terrifiant. Si c’est le cas, il est utile de se demander ce qui nous fait vraiment peur.

Ishvara pranidhana présuppose qu’il y a une force supérieure à l’œuvre dans nos vies. Que nous appelions cette force l’Univers, l’amour, la lumière, la nature de Bouddha, le pouvoir sacré de la vie, Brahman, Jésus, Dieu ou Jean-Claude n’a aucune importance, cette force nous invite à être acteurs de notre vie, totalement présents à chaque instant, tout en appréciant la grandeur et le mystère de ce à quoi nous participons.

En jetant un coup d’oeil rapide à ces 10 principes, nous pourrions nous dire que cela ne nous concerne pas car nous ne sommes ni violent, ni menteur, ni voleur. Mais après réflexion, nous réalisons que la violence, la malhonnêteté ou le vol ont des manifestations plus subtiles. Comme nous l’avons vu, la violence, par exemple, ne consiste pas uniquement à frapper quelqu’un. Elle peut également symboliser la manière dont nous nous traitons nous-mêmes. Cela vaut pour les autres yamas et niyamas qui nous concernent tous, même si c’est pénible de le reconnaître.

Parce que ces principes ont été écrits il y a des milliers d’années et qu’ils étaient autrefois considérés comme des vœux obligatoires pour tout pratiquant de yoga, les yamas et niyamas peuvent être des idées difficiles à envisager ou à adopter dans une société contemporaine. Mais ce sont moins des directives rigides que des outils de réflexion nous aident à plonger plus profondément dans notre authenticité et dans une vie plus riche.

 

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