Siem Reap au mois de mai, en pleine saison sèche. La chaleur me tombe dessus lorsque je sors de l’avion. Des gouttes perlent déjà sur mon front et mon dos. La file pour l’obtention du visa s’allonge et des touristes râlent. Il y a un douanier pour prendre le passeport, un autre pour tourner les pages, encore un autre pour mettre le cachet et un dernier, le responsable ultime, pour rendre le passeport. Les formalités administratives prennent des plombes. Pas de doute je suis bien au Cambodge.

Le chauffeur du Navutu Dreams Resort m’attend tout sourire. A peine le temps de rejoindre son tuk-tuk garé un peu plus loin qu’il m’a déjà posé 1,4 milliards de questions. Je ne réponds qu’aux 250 premières car j’ai oublié les autres. Il me fait la papote en roulant mais je suis trop crevé pour vraiment participer. Ca n’a pas l’air de le déranger.

Le resort est excentré et il faut emprunter des chemins de terre pour y arriver. On arrive après 25 minutes de dépassements intempestifs et de freinages brusques. Il y a un code de la route, c’est sûr, mais apparemment tout le monde ne l’a pas lu. On arrive vivants c’est le principal.

Bienvenue à Navutu

Après un séjour dans ce resort quelques mois plus tôt, une amie m’a convaincu d’y passer lors de mon voyage au Cambodge. Ses arguments avaient du poids: différents programmes « bien-être », des cours de yoga quotidiens, un spa, le tout dans un cadre magnifique. Il ne m’a pas fallu longtemps pour organiser une semaine d’initiation de yoga en suivant le programme hebdomadaire ouvert à tous. Avec deux cours par jour je devrais être fixé sur mon attirance (ou mon dégoût) pour cette pratique qui attire tant de monde aujourd’hui. Les cures proposées avaient aussi l’air sympa.

L’accueil est chaleureux et on me sert une boisson rafraichissante dans le petit salon. Pas encore en mode je-m’en-fous-j’ai-tout-le-temps-je-suis-zen, j’ai envie d’accélérer le check-in pour filer me reposer dans ma chambre. Non, les dieux s’acharnent sur moi. La manager Sarah m’emmène pour le tour du propriétaire. Je me trouve dans une véritable oasis avec le restaurant autour duquel sont disséminés les chambres, 3 piscines, le spa et deux salles de yoga. Je sens que je vais être bien ici.

Deux soeurs italiennes ont construit le resort et le gèrent. Ca se ressent dans l’atmosphère raffinée mais sans ostentation. Une vieille statue en bois de Bouddha ici, des bacs de fleurs vintage là, du mobilier de qualité, tout a été choisi par elles. C’est beau et apaisant.

Après la visite vient enfin la chambre. Grande, lumineuse, calme. Un petit couloir mène à la salle de bain, la décoration est simple et faite avec beaucoup de goût. Une douche puis direction le restaurant. Je me demande à quoi ressemble la carte. Bonne surprise c’est varié et les prix sont accessibles quoique élevés pour le pays. Du khmer et de l’occidental, italien surtout. Un petit côté fusion à tester. Je ne m’attarde pas, demain j’ai yoga. Fini de rire.

Bien-être, yoga et temples

Jour 1: Réveil difficile, je ne suis pas du matin. Les yeux collés je fais un saut dans la piscine située à 3 mètres de ma chambre. C’est pratique en plus de faire du bien. Propre à défaut d’être complètement réveillé je me traine jusqu’à la grande salle de yoga. Mais qu’est-ce que je suis allé faire dans cette galère. Du yoga? Vraiment? Je pfffffff contre moi-même puis je m’installe.

On est une petite dizaine, 8 pour être exact. Lucilla, la prof, demande s’il y a des débutants. Je lève la main, honteux. Tout le monde se fout de moi et me lance des pierres. Non, je déconne. Pas de problème, Lucilla adapte son cours en fonction des participants. On est un peu là pour se faire plaisir me fait-elle remarquer. Plaisir? Ah bon? Je ne relève pas. Pas envie de me battre de grand matin.

On commence la semaine par une séance « restorative », qui signifie fortifiant (ou réparateur), et qui consiste à tenir différentes postures entre 5 et 15 minutes. Pour un premier contact avec le yoga, les minutes semblent longues. Très longues. Apparemment c’est parfait pour combattre le stress, l’insomnie et l’anxiété. Je n’en doute pas. On utilise des blocs comme accessoires pour tenir les positions de façon confortable.

Verdict de ce premier cours? Je suis plus raide que la justice et je ne mettrai pas mes jambes derrière la tête demain mais j’ai apprécié et je reviendrai. Ca tombe bien je suis là pour ça. Finalement elle avait peut-être raison pour ce qui est du plaisir. Coquine.

La faim fait son apparition et pendant un petit-déjeuner gargantuesque. Sarah fait son tour et s’enquiert de chaque résidant. A l’image de son équipe elle est adorable. On sent le professionnalisme mais également un réel intérêt pour les gens. La discussion dépasse le côté purement formel. Et si le contact ne s’éternise pas, y en a qui bossent, il est authentique. Pour le même prix ailleurs on n’est que de simples clients avec un tête de portefeuille.

Ensuite j’attaque le plan de la journée. Il y a Angkor, évidemment, mais pas que. Le resort met un tuk-tuk à disposition toute la journée gratuitement mais il faut prévenir la veille. Je le réserve pour le lendemain et décide d’aller en ville pour prendre un shoot de civilisation, la circulation, les magasins, les touristes, tout ça. Mais surtout pour voir si la ville a changé depuis ma dernière visite il y a 150 ans.

En une décennie le Cambodge a passé trois vitesses en une fois. Et Siem Reap encore plus vite. L’afflux de touristes augmente chaque année et les constructions d’hôtels PAR-TOUT en témoignent. Au centre-ville, le macadam a remplacé les chemins de terre et les restaurants/bars/magasins/salons de massage pullulent. Pour le charme on repassera.

C’est en s’éloignant un peu du centre qu’on retrouve cette ambiance si particulière du Cambodge. Une nature verdoyante éblouissante, des familles entières sur un scooter (ils sont à jour niveau assurances??), les kramas (foulards traditionnels), les animaux au milieu de la route, la chaleur et cette magnifique terre rouge.

En fin de journée il y a la « Khmer Community Class » organisée au resort. C’est un cours ouvert à tous pour initier les Khmers au yoga avec une succession de postures pour renforcer le corps. L’approche est ludique et sérieuse à la fois. Super ambiance et chouette initiative. La soirée se passe avec des amis qui viennent d’arriver. Excellent repas, le chef est un chef.

Jour 2: Routine du matin, piscine pour décoller les yeux. Ca fonctionne à moitié. Bref. On est mardi et c’est vinyasa, une forme de yoga dynamique dérivée de l’ashtanga. Je demande à voir. Beaucoup de postures en synchronisation avec le souffle. Un mouvement, une respiration. C’est dynamique, assez physique et on transpire pas mal. Adieu les toxines. Parfait pour entamer la journée. Le cours est intense et le débutant que je suis a un peu de mal à suivre. Lucilla explique bien toutes les postures et corrige quand il faut. Je ne doute pas qu’avec un peu de pratique de vinyasa la silhouette doit s’affiner et le corps se muscler.

Certaines personnes de la veille ne sont pas là mais d’autres les remplacent. Apparemment le resort est réputé pour ses cours et chaque classe a ses habitués. Impression confirmée les jours suivants avec les mêmes personnes aux mêmes cours. Au prix de 8 dollars la séance on ne s’étonne pas de voir des récidivistes.

Le petit-déjeuner est toujours aussi bon. Comme prévu un tuk-tuk nous attend pour la journée. Direction les temples d’Angkor où nous prenons le pass pour 1 journée. En 2017 les prix ont nettement augmenté et sont passés de $20 à $37. Le pass 3 jours est désormais à $62 et celui de 7 jours à $72. Nous avons déjà vu les temples auparavant donc une journée nous semble suffisante. Mais pour une première fois le pass de 3 jours n’est pas de trop. C’est un budget qui vaut largement la visite.

Le site est immense et impressionnant. On peut le parcourir à vélo mais avec une chaleur pareille ça relève davantage du masochisme. Notre tuk-tuk « Hello Kitty » s’arrête où on veut et nous attend le temps nécessaire. Il y a du monde aux entrées de chaque temple mais très vite la foule s’éclaircit et on peut se balader tranquillement.

Difficile de ne pas s’extasier devant la nature qui reprend ses droits sur les temples de Ta Prohm. Les arbres dominent les pierres et accentuent cette impression de cité disparue. Ensuite Ta Keo, puis gros coup de coeur pour la terrasse des Elephants, le Bayon et enfin Angkor Thom, toujours aussi majestueux. Et si aujourd’hui le site d’Angkor est un gros business, ça reste néanmoins une expérience magnifique.

Fin de journée, retour à Navutu pour le cours « restorative/yin ». C’est le même principe que la veille avec des postures tenues plusieurs loooooongues minutes mais principalement assises et couchées. On développe la souplesse en relâchant doucement les tensions. Il y a un petit côté méditatif très sympa. Cette approche statique et relaxante est parfaite pour terminer la journée.

Jour 3: réveil, yeux collés, piscine et yoga flow avec Katerina. Ici l’enchainement des postures se fait en douceur de façon plus fluide. C’est moins physique, plus relax. Très agréable aussi. Cette routine matinale me met dans un état de bien-être surprenant. En 3 jours je suis détendu, apaisé. Pas encore en lévitation mais je sens que ça vient.

Sarah nous recommande la visite du temple Phnom Krom en fin d’après-midi, à une demi-heure en tuk-tuk. Il ne figure pas dans les programmes touristiques habituels, nous sommes quasiment seuls sur place. Situé en haut d’une colline, il offre un panorama superbe sur la campagne avoisinante et le Tonlé Sap, l’immense lac qui permet de relier Siem Reap à Phnom Penh en bateau.

C’est calme et le site a beaucoup de charme même si le temple est en mauvais état. Vraiment un chouette endroit. Quelques khmers arrivent avec musique et boissons pour regarder le coucher de soleil. Ca semble être the place to be pour les locaux. Ils ont raison c’est superbe. On échange un peu avec eux, on se marre de ne pas se comprendre puis on rentre à la maison.

Direction le centre-ville pour la soirée. Apéro au FCC (Foreign Correspondents’ Club). Ambiance coloniale. C’est guindé mais l’endroit est classe. Et les calamars sel et poivre avec mayonnaise au wasabi sont à tomber par terre. Le menu est séduisant mais nous avons envie de traditionnel.

Nous trouvons cela dans une petite ruelle près du marché couvert. Une gargote qui ne ressemble à rien avec de jolies nappes en plastic vert. Une vieille dame toute ridée et très belle nous accueille et nous recommande l’amok de poisson (sorte de curry khmer). C’est un plat national qu’il faut essayer au moins une fois: du poisson, la sauce et quelques légumes servis dans une feuille de bananier avec du riz sur le côté. C’est simple, sain et délicieux. De la street food de qualité.

Jour 4: J’attaque la journée avec le couteau entre les dents. Motivation est mon surnom. Aujourd’hui place au hatha, la forme de yoga la plus populaire. On contrôle le souffle et on enchaîne les asanas (positions). C’est un yoga énergétique, pas évident à suivre mais Katerina est patiente et n’hésite pas à nous les montrer plusieurs fois. On étire puis on détend les muscles. Ce yoga développe la concentration et permet un meilleur contrôle de la respiration. Ca commence à rentrer. Le plaisir aussi.

La séance à peine finie, nous avalons le petit-déjeuner des champions puis en route pour le parc national de Phnom Kulen à une cinquantaine de kilomètres de Siem Reap. Après une bonne heure de route, le minivan nous arrête à l’entrée du parc. Le reste du trajet se fait en scooter car la route disparait pour laisser la place à des sentiers cabossés. Au programme de la journée: Srah Damrei (la montagne des éléphants), la rivière aux mille lingas (petites statues phalliques au fond de l’eau, trop mignonnes), le temple Wat Preah Ang Thom et son grand Bouddha couché et enfin une cascade assez sympa. Srah Damrei est très impressionnant avec ses éléphants perdus au milieu de la jungle. Cette visite nous prend toute la journée.

Le repas du soir est pris chez des expatriés italiens qui sont installés à Siem Reap depuis une petite dizaine d’années. Ils confirment le développement exponentiel de la région. Les promoteurs construisent dans tous les sens et un peu n’importe comment. La route pour aller à l’aéroport n’est qu’une succession de complexes hôteliers énormes.

Pareil dans la vieille ville où on trouve des bars, des bars, des restaurants, des boutiques de souvenirs et des bars. Si on aime boire c’est le paradis.

En outre une technologie de scanner au laser vient de mettre au jour un nouveau site, plus grand qu’Angkor, enfoui dans la jungle. Il faudra des années pour le rendre accessible mais l’avenir touristique de la région est assuré.

Jour 5: Les séances de yoga contribuent à un sentiment de sérénité malgré la fatigue qui se fait sentir. Je retrouve le vinyasa, cette fois-ci avec Manuela. Les mouvements se synchronisent sur la respiration. On travaille l’alignement du corps. C’est toujours aussi rythmé mais le corps est un peu plus souple et j’enchaine les asanas presque sans peine. Je mouille le maillot et j’évacue les toxines. Un esprit relativement sain dans un corps sain comme disait l’autre. Je passe le reste de la journée entre longueurs de piscine et lecture. Le bonheur si je veux…

Jour 6: Samedi, le programme prévoit une séance de hatha le matin et une autre de vinyasa l’après-midi, les deux avec Manuela. Chaque professeur a son style mais la priorité est toujours donnée aux pratiquants. Cela parait évident mais apparemment ce n’est pas appliqué partout. C’est une autre raison du succès des cours donnés à Navutu.

Le dernier jour se passe en douceur avec un cours « restorative » le matin. Après une semaine consacrée au corps les yeux daignent s’ouvrir enfin complètement au réveil. Un petit signe parmi d’autres des bienfaits de cette « cure ». Tonicité, souplesse et énergie sont au rendez-vous également. Je suis mon dernier cours de hatha l’après-midi. Il y a un peu plus de monde le week-end, on doit être une quinzaine. Mais ça importe peu car la salle est grande et il y a suffisamment d’espace pour chacun.

Cette semaine d’initiation au yoga au Cambodge s’achève. Mes impressions? Je suis emballé par les différents cours. Les enseignants sont expérimentés et ils adaptent bien leurs séances aux participants. D’où l’impression de bénéficier de cours particulier. Il m’a fallu un temps d’adaptation et une semaine de découverte n’a pas fait de moi un yogi confirmé. Mais l’envie est là et surtout j’a pris beaucoup de plaisir.

Les + : l’endroit superbe, la chambre, les piscines, le calme, la disponibilité et les conseils de l’équipe, la cuisine excellente et les cours de yoga. Très bon rapport qualité-prix pour ce type de prestation : 130 euros/nuit pour 2 avec petit-déjeuner et 6,5 euros (8 dollars) par cours.

Les – : le resort est excentré, pas possible de sortir faire un tour à pied en ville. Cependant un tuk-tuk est toujours disponible (et gratuit) pour nous déposer dans le centre. Par contre l’isolement garantit le calme. Donc à voir en fonction de ce qu’on recherche. Sinon les prix du restaurant sont plutôt élevés pour le pays mais rien d’exorbitant. Et le service est impeccable.

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