James Victore est graphiste et enseignant à New York. Lauréat de nombreux prix, il prône une créativité originale, anticonformiste et authentique. Son travail et son enseignement nous rappellent combien la créativité peut être source de bien-être si elle est cultivée.

Prendre des risques pour évoluer

James Victore est né en 1962 dans l’Etat de New York. Enfant, il est catalogué comme « bizarre ». Vous savez, cette catégorie fourre-tout dans laquelle on met les gosses dont on se sait pas quoi faire, en général des profils créatifs, hypersensibles, à haut potentiel etc.

Petit James crée des mondes imaginaires et dessine sur tout ce qu’il trouve, tout le temps. Il découvre aussi l’art à travers les collections de ses parents. Ces amateurs d’art se passionnent pour la peinture et l’illustration et gardent tout ce qui s’y rapporte, y compris des couvertures de magazines.

A 23 ans, après s’être fait jeté par deux universités, il devient assistant du graphiste Paul Bacon qui lui apprend le métier. Ce boulot est une révélation. James peut exprimer sa créativité débordante dans un travail manuel. C’est décidé, il veut créer des affiches.

En 1992, à l’occasion des 500 ans de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, il célèbre l’événement à sa façon en créant un poster polémique qui reprend l’image d’un indien sur laquelle il ajoute une tête de mort et une date d’anniversaire écrite à la main. Il utilise l’argent de ses loyers pour faire imprimer 5000 exemplaires et les colle un peu partout sur les murs de Washington. Pendant que la police les enlève tous, ce qui réjouit James le rebelle, les huissiers sonnent à sa porte. Les fins de mois se compliquent mais sa création graphique marque les esprits et il se fait un nom. Sa carrière est lancée…

A ses yeux, ses loyers impayés, et les assignations qui ont suivi, représentent le prix à payer et les risques à prendre pour faire ce qui nous plait.

Aujourd’hui, après des dizaines de couvertures de magazines et d’affiches iconiques, son travail est reconnu et exposé dans les collections permanentes de musées prestigieux comme le MoMa (New York) ou le Louvre (Paris).

Un travail créatif brut

Passionné de typographie, il conçoit ses créations autour de l’écrit – James dessine peu et de façon sommaire – avec un sous-texte politique fort. L’homme est engagé et n’hésite pas à inclure ses préoccupations sociales dans son travail.

Par exemple lorsqu’il travaille pour une institution publique comme le département des libertés surveillées de New York (pour les personnes condamnées mais non incarcérées). En lieu et place des traditionnels tracts et affiches officiels (et franchement déprimants), il décide d’introduire de l’art dans cette institution hyper rigide et crée des visuels pour stimuler et changer la vision des gens. Il remplace, par exemple, tous les posters avec des paysages neutres et insipides, du genre qu’on retrouve dans toutes les salles d’attente, par des textes stimulants: « Ask for help », « There are no shortcuts », « Improve yourself, change the world »…

James Victore est un train à grande vitesse dans un paysage créatif souvent insipide. Un sentiment d’urgence émerge de son travail. Si ses idées sont directes et provocantes c’est parce que les sujets qu’il traite le sont également: le génocide des Indiens d’Amérique (Christophe Colomb, voir plus haut), le racisme ordinaire (le mot « Racism » qui se dévore lui-même), celui inhérent à la peine de mort (le jeu du pendu), la culture (Disney), le SIDA et les relations sexuelles protégées (les lapins ) et Donald Trump.
Une idée qui n’est pas dangereuse ne mérite pas d’être appelée une idée (Oscar Wilde)

Son oeuvre ne ressemble à aucune autre, elle est incontestablement la sienne. Pour lui, le graphisme est un travail manuel basé sur les expériences et les histoires. Les meilleurs designs sont ceux qui vous heurtent en pleine face et vous prennent aux tripes. Ses affiches sont à l’image de l’homme, drôles, profondes, inspirantes. Elles laissent une empreinte forte.

Chacune de ses créations contient son écriture. La main humaine, sa main, est toujours en évidence. Son lettrage évoque un geste impulsif, brut, unique. Il utilise des pinceaux ou des gros marqueurs dont il incise l’extrémité afin d’obtenir une texture particulière, plus brute, souvent avec des projections d’encre dues aux coupures. Avec ce genre de tracé moins contrôlable, le résultat est toujours différent de l’idée initiale. Il ne corrige pas ses esquisses, la recherche de la perfection ne l’intéresse pas, il préfère garder le côté aléatoire, rapide et authentique du geste.

Soyez heureux, soyez authentique

Son rôle en tant qu’enseignant consiste à pousser ses étudiants vers le haut, les stimuler à chercher l’innovation, expérimenter, apprendre par eux-mêmes, de regarder et cultiver la partie créative qu’ils ont en eux, se faire confiance, mettre en pratique leur créativité, l’aiguiser et la rendre plus flexible.

Il apprend à ses élèves à créer leur propre place dans ce monde, à prendre des risques, à croire en eux-mêmes, à regarder à l’intérieur, à cultiver leur bizarrerie pour en faire un outil créatif puissant. Bizarre c’est bien, mais seulement si on le met dans son travail.

Il pousse ses étudiants à chercher des réponses à l’intérieur, à ne pas regarder constamment à l’extérieur et à se noyer dans un océan références ou à chercher des réponses toutes faites. Ils n’ont pas à inventer une histoire. Ils l’ont déjà en eux. Il leur suffit de regarder à l’intérieur. Ils apprennent que leur travail n’est pas d’essayer de faire appel à au monde extérieur mais de raconter leur histoire et de trouver leur audience.

James Victore reprend l’idée de James Joyce selon laquelle l’universel se trouve dans le personnel. L’auteur des Gens de Dublin disait: « Si je fais du bon boulot lorsque je raconte mon histoire, avec les gens que j’aime et que je déteste, ma ville, alors je parlerai à tout le monde. »

Une histoire personnelle a une signification pour les gens. Votre travail doit être le reflet de vous-même. Si vous parvenez à mettre dedans ce que vous êtes, votre histoire, vos centres d’intérêt, vos peurs, il parlera aux gens qui y trouveront une résonance.

Utilisez ce qui vous définit comme individu et mettez-le dans votre travail. Rendez votre travail personnel et il deviendra authentique. Plus il sera authentique, plus l’impact qu’il aura sera important.

Nous possédons un outil puissant et unique pour être libre. Il s’agit de notre créativité. Et la plupart du temps nous la laissons aux mains d’autres personnes qui nous disent quoi faire, dans quelle direction aller et comment être. Si possible tout sauf bizarre. Pourtant, être maître de sa propre créativité est une des clés pour une vie de qualité avec du sens.

L’enseignement traditionnel a plutôt tendance à étouffer la créativité. Il faut rentrer dans le rang, suivre le troupeau et surtout ne pas faire de vagues. S’abandonner au conformisme pour plaire au plus grand nombre en froissant le plus petit nombre.

Si James a réussi dans son métier, c’est justement parce qu’il a cultivé sa bizarrerie (accessoirement il est aussi très talentueux, ça aide). Cultiver sa bizarrerie, c’est ne pas avoir peur du regard et du jugement d’autrui. C’est faire sa propre révolution, pas celle des autres. C’est créer son monde et toucher SON public. Pas UN public.

La créativité demande du courage (Henri Matisse)

James Victore s’adresse principalement aux personnes qui ont un travail créatif. Mais son message peut s’appliquer à tout le monde. Il nous incite à être nous-même et à nous inscrire dans une démarche personnelle, quel que soit notre secteur d’activité.

Voir la liberté dans le travail de quelqu’un nous libère, voir l’intelligence dans le travail de quelqu’un nous rend plus intelligents, et voir la vulnérabilité dans le travail de quelqu’un nous rapproche. Cela résonne en nous.

Ne travaillez pas pour rendre les autres heureux ou pour une récompense. Faites-le pour vous rendre heureux. Le reste suivra naturellement. Evidemment nous avons tous des impératifs économiques mais il est nécessaire de s’interroger sur les priorités et le prix à payer pour les atteindre.

Nous devons nous battre, encore et encore, ne jamais abandonner pour construire nos propres rêves sinon d’autres personnes nous engageront pour construire les leurs. Notre vie en dépend. Ce sera dur, ça demandera des sacrifices mais au final on aura vécu notre vie selon nos conditions.

On ne vit qu’une fois, mais si on le fait bien, cette unique fois suffit (Mae West)

Plus d’informations sur le travail de James Victore, ses comptes Facebook, Instagram, Twitter, ses cours, ses conférences, ses vidéos, son shop en ligne, bref, la totale sur son site officiel.

Si vous aimez son style, il a publié un livre rétrospectif qui est vraiment excellent: Victore, or who died and made you boss?

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