Situé dans l’ancienne usine Citroën dans le centre de Bruxelles, le nouveau musée d’art contemporain KANAL se positionne en véritable pôle culturel. En partenariat avec le Centre Pompidou, il accueille le public du 5 mai 2018 au 10 juin 2019 en version bêta. Il fermera ensuite ses portes pour une longue période de travaux et rouvrira sous sa forme définitive début 2023.

Un garage recyclé en musée

Pour les Bruxellois, le bâtiment Citroën fait partie du patrimoine architectural de la ville depuis toujours. Mais si pour beaucoup l’extérieur est familier, l’intérieur reste méconnu.

Le découvrir est une expérience particulière. Première impression, l’endroit en impose. C’est grand, très grand même – 35000 m2 d’après les chiffres officiels (prévoir des bonnes chaussures de marche, le sac de couchage est optionnel).

L’entrée se fait par l’arrière via le quai des péniches. La vastitude du hall impressionne. Et au milieu, cette plate-forme assemblée par Jean Tinguely et intitulée L’enfer, un petit début promet une visite étonnante.

Sur la gauche, avant la billetterie, le réalisateur Michel Gondry y a installé son usine de films amateurs. Ce mini studio de cinéma permet à des groupes de 5 à 15 personnes de vivre toutes les étapes de la création d’un film. Tout le matériel est mis à disposition et 3 heures plus tard les cinéastes en herbe repartent avec le DVD de leur chef-d’oeuvre en rêvant de la montée de marches de Cannes. Le projet est décalé et farfelu, à l’image de Gondry. C’est gratuit et ouvert à tous et ça se passe les samedis et dimanches à 12h et 20h et les mercredis à 10h et 20h.

Une visite haute en couleurs

Le dépliant du musée propose de nous perdre à travers un plan coloré du site. C’est un peu confus en apparence mais il suffit de suivre l’une des 4 couleurs pour entamer la visite. Vamos!
La route bleue nous emmène sur 3 niveaux dans un parcours intitulé « Le lieu du film ». Différentes installations vidéos attendent le visiteur. La plus impressionnante est celle de David Haxton où des projections sur de nombreux panneaux le montre, entre autres, en train de dessiner des figures géométriques. Le projet est minimaliste et invite à une réflexion sur le rapport entre film et espace, le tout dans la pénombre. Impressionnant. Coup de coeur de la visite.
On accède au dernier étage en passant devant les néons de Dan Flavin et les cubes de Sol Lewitt. A la dernière étape de la ligne bleue, l’artiste Anthony McCall invite à traverser ses faisceaux lumineux en mouvement. L’oeuvre date de 1974 et a probablement influencé des musiciens fans de lasers une décennie plus tard.
En suivant le tracé vert, on arrive dans l’ancienne partie réservée aux voitures d’occasion destinées à l’export. Là, tout se trouve sur un seul niveau mais le plateau est gigantesque. On croise en vrac une maison tropicale de Jean Prouvé, un abri suspendu de Toyo Ito ou encore une installation de Martial Raysse qui évoque un oued marocain (sable et palmier compris). Il y a beaucoup d’espaces vides et on imagine que de nouvelles oeuvres viendront habiter les lieux d’ici peu. La collection sera en effet renouvelée au cours de cette première année d’ouverture.

Au rez-de-chaussée, la ligne rouge nous conduit à l’ancienne carrosserie où la thématique « Tôles » présente différentes sculptures assemblées (Robert Rauschenberg) ou compressées (César). Un hot-dog pop de Lichtenstein semble seul au monde accroché en haut d’un mur. Dans les anciens bureaux une machine à écrire de Marcel Broodthaers fait écho aux fonctions adminisatrtives passées tandis qu’un mannequin d’Alain Sechas se met la tête à l’envers.. Les oeuvres sont nombreuses mais l’espace est grand, on peut donc profiter sans se sentir à l’étroit.

Enfin, la ligne jaune mène à l’espace « As Found » et ses plans et maquettes dédiés à l’histoire du garage Citroën du début du XXe siècle à nos jours. Intéressant mais pas inoubliable.

Kanal, un musée « pop up » ambitieux 

Si on peut se sentir un peu perdu face à l’immensité du lieu, la magie opère. On se laisse tout de suite séduire par ce mélange d’art contemporain et d’ambiance industrielle. On songe aussi aux travailleurs automobiles qui ont fréquenté ces vestiaires et passé leur carrière sur ces rampes et dans ces ateliers. Le garage est resté en l’état et les oeuvres côtoient le matériel hors d’usage. Comme ces sculptures qui entourent un pont élévateur (de voiture).

Projet inédit et audacieux avec une programmation pluridisciplinaire basée sur la diversité, Kanal sort des sentiers battus et redynamise l’expérience du musée traditionnel qui sent parfois la naphtaline.

Au moment de la visite, certains espaces sont encore en cours d’habillage, on croise donc des ouvriers armés de visseuses et déplaçant des palettes, d’où l’impression d’évoluer dans un grand work in progress. Ca accentue aussi l’aspect brut et expérimental de l’endroit.

On n’est pas tous égaux face à l’art contemporain et certaines oeuvres peuvent laisser pantois voire extrêmement dubitatif. Tout n’est pas dingue mais il y a suffisamment de belles choses pour rendre l’expérience globale surprenante et passionnante.

Dans l’aire du temps avec une nouvelle version du concept « pop up », ce musée éphémère déjà destiné à renaître est une vraie proposition artistique originale et ambitieuse. Prochaine étape en 2023, on verra si le projet définitif tient ses promesses.

Des concerts et des performances sont également organisés. Le programme est copieux. Se reporter au site officiel du Kanal pour la liste complète.

(Malheureusement il n’est pas possible de publier de photos des oeuvres parce que droits d’auteur, Centre Poupoupidou et tout ça quoi.)

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